FĂ©vrier 2019 Sacred Concert DUKE ELLINGTON

Savoir plus sur l’oeuvre de Duke Ellington

Les 9 et 10 février le Grand Chœur et le Big Band Solis’airs ont donné 2 concerts d’un œuvre de Duke Ellington à guichet fermé .

Merci au public  pour l’accueil si chaleureux !

Cette suite de musique sacrĂ©e, considĂ©rĂ©e par Ellington comme « la chose la plus importante que j’ai faite Â» emmène le Jazz Ă  l’Eglise. ComposĂ©e par le DUKE Ă  partir de 1965, elle est aussi marquĂ©e par le gospel et l’influence des musiques religieuses europĂ©ennes.

Sacred Concert est rarement donné en France compte tenu des moyens nécessaires pour assurer sa production avec le recours à un orchestre jazz de bon niveau mais aussi du fait de son caractère atypique puisque cette œuvre est un pont entre les mondes du jazz, du gospel et des musiques sacrées européennes.

Lien vers quelques photos des concerts.      Dans les mĂ©dias

L’Evangile selon Saint Duke *      (texte de Gilles Mathivet) 

Télécharger ce texte en format PDF

Edward Kennedy Ellington est nĂ© en 1899 dans une famille aisĂ©e de Washington D.C. Son père, « seulement bel homme mais plein d’esprit » , est majordome chez un riche mĂ©decin, et sera plus tard, serviteur Ă  la Maison Blanche. Sa mère, « une femme magnifique » , l’Ă©duque dans l’amour de la famille et de Dieu. Elle lui raconte comment Dieu a crĂ©Ă© l’homme: « Il a pris un peu de bonne terre noire, un peu d’argile rouge et un peu de sable blanc et les a mĂ©langĂ©s pour que nul homme ne se croie supĂ©rieur Ă  un autre » . Ses arrière-grands-parents Ă©taient tous nĂ©s esclaves, dont une certaine Kennedy, d’origine Cherokee. Le petit Edward accompagne sa mère tous les dimanches au culte MĂ©thodiste, oĂą l’on chante de sages Negro Spirituals Ă  l’europĂ©enne. Avec son père, il frĂ©quente l’Ă©glise Baptiste oĂą les gospels improvisĂ©s « font trembler les murs » . Il apprend dès sept ans le piano (classique), puis, lycĂ©en, s’amuse Ă  imiter les pianistes de rag-time Ă  la mode dans les cafĂ©s de sa ville. Un copain un peu snob l’affuble Ă  17 ans du surnom de « Duke » pour faciliter son entrĂ©e dans les soirĂ©es dansantes.  C’est l’Ă©poque oĂą d’autres musiciens de jazz choisissent leurs titres de noblesse,  comme « King » Oliver, « Earl » Hines, « Count » Basie…  

La suite de la carrière de « Duke » Ellington est dans tous les livres. Il crĂ©e son premier jazz-band en 1918, direction New York. En 1927, son orchestre s’installe pour dix ans au Cotton Club Ă  Harlem. C’est l’Ă©poque des grands standards (Caravan, Sophisticated lady…)  et des premières grandes tournĂ©es sans Ă©quivalent (Paris en 1933). Ni la crise de 29, ni la fin de l’ère des big-bands vers 1950, n’affectent le succès et la crĂ©ativitĂ© de Duke Ellington. La modernitĂ© du nouveau jazz (le be-bop) ne le dĂ©range pas plus: il invite Dizzy Gillespie dans son orchestre, il enregistre en 1962 avec Charlie Mingus (sublime Money Jungle) puis John Coltrane. Aux musiques de danse il ajoute de grandes suites thĂ©matiques (Black, Brown an Beige, en honneur au peuple Noir AmĂ©ricain). Ses incessantes tournĂ©es le mènent dans le monde entier (Grenoble 1969; lien vers les archives de la MC2 et en 1971), il joue Ă  Moscou devant 12000 personnes, Nixon le reçoit Ă  la Maison Blanche en 1969 pour le dĂ©corer de la MĂ©daille de la LibertĂ©.

Duke Ellington et son orchestre
Duke Ellington et son orchestre; Grenoble 1969. Le chanteur qui est au milieu s’appelle Tony Watkins, qui a participĂ© aussi Ă  chacun des Concerts SacrĂ©s
Titulaire des droits : MC2 Grenoble

Duke Ellington n’en oublie pas Dieu pour autant, se liant d’amitiĂ© avec les reprĂ©sentants de diverses congrĂ©gations, et lisant  la Bible rĂ©gulièrement  (quatre fois en tout!).

En 1965, la CathĂ©drale Anglicane de San-Francisco, Grace Cathedral, invite Ellington Ă  participer Ă  sa programmation de concerts de musique sacrĂ©e, Ă  Ă©galitĂ© avec l’Oratorio de NoĂ«l de Bach ou le War Requiem de Britten.

San Francisco 1965; Première

 

La foi du compositeur trouve alors une nouvelle forme d’expression. Comme il ne s’agit nullement de musique liturgique, Ellington se sent libre d’imposer ses propres textes, dont le non-conformisme, bien que pĂ©tri de rĂ©fĂ©rences bibliques, lui attire les critiques du clergĂ© le plus conservateur ainsi que celles des fidèles pratiquant un gospel plus conventionnel. Ce premier Concert SacrĂ© de 1965, dont une partie du matĂ©riel est repris de compositions plus anciennes (Come Sunday, 1943), est rejouĂ© vingt-cinq fois, jusqu’Ă  Coventry en Angleterre.

En 1967, l’Ă©glise Saint John the Divine de New-York commissionne un second Concert SacrĂ©. Avec de nombreux morceaux inĂ©dits, Ellington le considère comme « La chose la plus importante de sa vie » . Nouvelle tournĂ©e d’une cinquantaine de dates, aux USA, en Espagne, en France (Ă  Saint Sulpice) et jusqu’en Suède (d’oĂą est originaire la soprano  Alice Babs, gĂ©niale interprète de The Majesty of God).

Le troisième Concert SacrĂ©, commande de l’Association des Nations Unies, est crĂ©Ă© le 24 octobre 1973 Ă  l’Abbaye de Westminster de Londres, six mois jour pour jour avant la mort du « Duke », dernier chant d’Amour du plus important des compositeurs amĂ©ricains du XXe siècle.

Les trois Concerts SacrĂ©s de Duke Ellington totalisent vingt-huit titres, certains pouvant durer jusqu’Ă  vingt minutes (In the Beginning God, 1965, extrapolation en musique des premiers mots de la Bible). Il n’existe pas d’Ă©dition « authentique » de ces compositions d’Ellington, musique vivante transformĂ©e et adaptĂ©e Ă  presque chaque performance selon les musiciens en prĂ©sence, notamment les chĹ“urs, le plus souvent amateurs. L’Ă©dition utilisĂ©e pour notre concert est un arrangement publiĂ© en 1993 par les compositeurs danois John Hoybye et Peder Pedersen, qui ont apportĂ© aux parties chorales une certaine sophistication. Les dix morceaux sĂ©lectionnĂ©s sont issus de chacun des trois Concerts SacrĂ©s.

(Le titre est emprunté à François Billard, Duke Ellington, édition du Seuil,1994)

Photos disponibles seulement pour les artistes.